Une entreprise toxique
A quoi ressemble une journée type chez FOODCOM ?
Premièrement, votre formation d’arrivée. Votre manager va vous imprimer une feuille A4. Il va falloir la mémoriser. Ce sont les 4 ou 5 questions que vous êtes censé poser à chaque discussion téléphonique avec un potentiel client. Les 2 premiers jours, vous restez assis à apprendre cette suite de questions stupides pour comprendre les « besoins » des entreprises que vous allez contacter. Vous serez ensuite interrogé sur cette feuille par votre manager. Il faudra répéter par cœur. Vous recevez ensuite un téléphone professionnel dont les données n’ont pas été supprimées. Vous aurez donc le loisir de « scroller » parmi les multiples contacts que vos prédécesseurs ont laissés. 30 personnes avant vous ont eu ce téléphone et 30 personnes après vous verront ce que vous avez enregistré quand vous serez parti.
Vous arrivez pour 8h du matin. Vous allumez votre PC et vous cherchez des entreprises à contacter. A 9h, vous avez votre réunion quotidienne avec tous vos collègues (sauf le vendredi) dans la grande salle. Les personnes les plus anciennes s’asseyent autour de la table ovale, au centre de la salle. Vous, vous êtes cantonné aux chaises collées contre le mur. Là, des gens échangent des informations sur les produits qu’ils vendent ou qu’ils achètent : le nom du produit, le poids, la quantité, la date de livraison ou d’achat etc. Un micro passe de mains en mains. Faites semblant de vous intéresser à ce qu’il se dit. Vous n’êtes pas formé, il est normal que tout cela soit obscur et que vous n’y compreniez rien.
Ne dites surtout pas à votre manager que vous travaillez dans un call-center. Il risque de se vexer. Là-bas, les gens sont fiers d’eux-mêmes (il y a des posters du Loup de Wall-Street punaisés sur les murs). Mais vous travaillez quand même pour un call-center. Vous avez deux plages horaires dans la journée où vous devez trouver sur internet des entreprises susceptibles d’être intéressés par vos produits douteux. Pour cela, il faut taper sur GOOGLE des mots-clés comme « sweet-whey powder Germany ». Ensuite, vous passez des appels… toute la journée. Votre travail est de vendre des produits à des gens qui n’ont pas besoin de vous et qui ne vous rien demandé. Parfois, vous vous faites insulter. Un des mes collègues s’est fait menacer de mort (il était trop insistant). Voilà votre quotidien. Trouver des entreprises sur Google. Remplir un fichier Excel avec les informations récoltées. Passez des coups de téléphone à longueur de journées. 20, 30, 40, 50 appels à la suite... C’est ça, être « trader » pour FOODCOM. Rien de plus, rien de moins.
Quand une entreprise est intéressée par votre produit, vous pouvez lui envoyer une fiche technique indiquant ses caractéristiques physico-chimiques. Il faut alors utiliser un logiciel de modification d’image, comme PAINT, pour effacer l’en-tête où se trouve le nom du fournisseur. Il n’y a ensuite plus qu’à attendre. Et à relancer. En appelant encore et encore…
Ce qu’il faut bien comprendre à FOODCOM, c’est que les entreprises les plus susceptibles de travailler avec vous ont déjà été contactées et accaparées par vos collègues, et notamment par les 4 partenaires qui gravitent autour du patron. A vous, il ne reste que les miettes. Surtout, ne vous avisez pas de contacter une entreprise déjà en contact avec l’un de vos collègues. Je me souviens d’une scène ou un des partenaires en charge de l’Allemagne s’était déplacé dans le bureau pour se montrer insultant, brutal dans le langage et menaçant avec un de mes collègues qui avait eu le malheur d’appeler une entreprise dont il avait la responsabilité.
1 octobre 2024
Avis spontané